L’odeur du café et les chemins du souvenir
Il y a des souvenirs qui s’accrochent aux odeurs. Pour moi, celle du café est un passage secret vers un temps révolu, une porte qui s’ouvre sur l’empreinte discrète de mon père. Ce n’était pas un rituel du matin, ni une habitude bien ancrée dans une routine prévisible. Non, mon père aimait le café comme une rencontre impromptue, un plaisir glané ici et là, toujours différent.
Il ne se préparait pas lui-même son café. Il le trouvait ailleurs, dans des endroits parfois incongrus, des cafés de passage, des petites échoppes discrètes, ou dans ces capsules coulées entre deux sessions de shiatsu. Il aimait la surprise, la découverte, ce frisson du café qui ne se ressemble jamais tout à fait.
Et pourtant, l’odeur, elle, reste la même pour moi. Elle flotte dans l’air et, en un instant, me ramène à lui. C’est fugace, mais puissant. Comme un message silencieux qui me traverse, une empreinte invisible laissée dans mon être.
On dit que les âmes laissent des traces dans nos habitudes, que les ancêtres ne disparaissent jamais vraiment tant que nous perpétuons, à notre manière, des fragments d’eux. Je n’ai jamais cherché à le faire exprès, ni aime particulièrement le goût du café mais son effluve m'attire irrésistiblement et, je me surprends parfois à céder à un café impulsif, inattendu, pour un coup de boost. Je nous vois alors, lui de son vivant dans ces vols de pause café et moi dans la reproduction très rare donc précieuse de ce comportement enfouis au plus profond de ma mémoire.
Cela me rappelle cette histoire du vent qui souffle à travers les montagnes. Il ne suit jamais le même chemin, mais il passe toujours quelque part, sculptant les roches, caressant les arbres, laissant derrière lui une empreinte imperceptible mais bien réelle. Peut-être que nos ancêtres sont comme ce vent : ils ne nous dictent pas la route, mais ils soufflent en nous une certaine manière d’être, un élan, un mouvement.
Alors aujourd’hui, en sentant l’odeur d’un café s’élever quelque part, je souris. Je pense à mon père, à ses détours, à son amour pour ces petits plaisirs imprévus. Et je me dis que, d’une certaine manière, il est toujours là, dans ce sillage parfumé qui continue de me traverser.
Et toi, quelles sont ces petites traces laissées en toi par ceux qui t’ont précédé ? Ces gestes anodins, ces élans spontanés qui, sans que tu le saches, sont peut-être un héritage silencieux ?
Les souvenirs ne sont pas toujours dans les grandes dates ni dans les mots. Parfois, ils sont juste dans un parfum, un choix inattendu, un café pris sur un coup de tête.

Valérie Scala
Guadeloupe
French West Indies
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